DOULEURS CHRONIQUES, TROUBLES PSYCHOSOMATIQUES ET PSYCHOTHERAPIE

Cette partie du corps qui vous fait souffrir depuis des semaines ou des mois, sans forcément savoir d’où cela vient, si l’origine est médicale ou non et pourquoi cette douleur persiste. Elle est responsable de nombreux arrêts de travail mais surtout elle vous gâche le quotidien? Il est probable que ce soit des douleurs chroniques. Elles touchent aujourd’hui des centaines voire des milliers de personnes en France.

La prise de médicaments pour ce genre de douleurs, sans origine médicale identifiée, n’apporte pas de résultat efficace. Cela soulage, au début, mais ne guérit pas. Il faut savoir que votre mental est extrêmement lié à votre corps. La communication se fait dans les deux sens, en permanence. Par exemple, vous vous cognez dans la table de chevet et votre petit orteil est le premier visé. Une fraction de seconde plus tard, vous ressentez parfaitement la douleur dans votre pied. A ce moment là, c’est votre corps qui a envoyé un message à votre cerveau pour l’alerter. La réponse étant le ressenti de la douleur avec les sensations, les émotions et les sentiments qui sont liés.

A l’inverse, un événement de vie difficile, peut-être même traumatisant, aura des conséquences au niveau de votre cerveau, au sein de vos connexions neuronales notamment et vous pourrez aussi constater des changements au niveau corporel. En effet, votre cerveau alertera à son tour votre corps en vous envoyant des signaux et en provoquant  des douleurs. Souvent ces douleurs se situent à des endroits « stratégiques » dans votre corps, elles sont directement liées au traumatisme que vous avez vécu, qu’il soit ancien ou récent. C’est ce qu’on appelle des troubles psychosomatiques.

Par exemple, il est courant de voir qu’une personne en épuisement professionnel, qui n’a pas senti venir cet état de fatigue intense, ait reçu des signaux d’alerte comme des douleurs corporelles fortes. Le corps a une véritable fonction. Si nous n’écoutons pas les messages qu’il nous envoie, il aura tendance à augmenter l’intensité des symptômes. Cela peut aller jusqu’à une paralysie temporaire, de quelques heures, empêchant la personne de se lever et de vaquer à ses occupations professionnelles et personnelles, l’obligeant à réfléchir et à prendre conscience de la gravité de la situation. C’est fréquent, par exemple, chez les individus en état d épuisement professionnel, couramment appelé burn-out.

Plusieurs psychothérapies ou outils thérapeutiques sont efficaces dans les douleurs dites chroniques qui sont liées à des troubles psychosomatiques : l’E.M.D.R (Eye Movement Desensitization and reprocessing ou désensibilisation et retraitement de l’information par des mouvements oculaires), l’hypnose, la P.N.L (Programmation Neuro-Linguistique) et la méditation par exemple. Je les utilise tous avec mes patients en séance individuelle et je constate à chaque fois qu’il existe bien un lien entre les événements que les personnes ont vécu et leurs sensations corporelles.

L’E.M.D.R permet d’avoir, au-delà de la gestion du traumatisme, une prise de conscience de la douleur mais aussi une prise de recul. Cela peut même amener un patient à créer une nouvelle relation avec sa douleur, c’est-à-dire changer la perception qu’il en a.

Parfois, les douleurs que l’on ressent sont à la fois psychosomatiques et médicales. Je pense à certaines maladies ou prises de médicaments qui ont des conséquences sur l’organisme, une opération chirurgicale ou même des membres fantômes (douleur d’un membre qui a été amputé). Dans ce cas, les outils thérapeutiques évoqués précédemment auront aussi un effet, en changeant la perception de la douleur. Il est possible d’augmenter son seuil de tolérance, faire évoluer ses croyances concernant la capacité à faire, etc. Il est important de préciser que, sans avoir vécu de traumatisme auparavant, la douleur chronique ou aiguë ressentie pendant un laps de temps peut provoquer en elle-même un traumatisme par sa dimension émotionnelle et sensorielle. Ici c’est la douleur qui devient le traumatisme.

Des exercices, guidés ou non par un psychologue ou un thérapeute, peuvent être faits pour améliorer la relation que l’on entretient avec une douleur. Par exemple, des exercices d’auto-hypnose :

          Visualisez, les yeux fermés, un gant anesthésiant sur la zone du corps qui vous fait souffrir en imaginant que votre douleur s’atténue au fur et à mesure. On vient ici modifier la perception que votre cerveau a de la douleur. Et cela fonctionne !

          Pour la dissocier de votre corps, imaginez-vous dans un endroit imaginaire ou réel, éloigné de celui dans lequel vous vous trouvez, de préférence en pleine nature, au calme, dans un espace qui provoque chez vous de l’apaisement et du bien-être et accueillez les bénéfices de cette visualisation sur votre corps.

          Pour simplement en changer les modalités, vous pouvez aussi visualiser les caractéristiques de cette douleur et les faire évoluer. Par exemple, si elle est assimilée à une lame de couteau qui vous transperce le ventre, visualisez cette lame avec une extrémité ronde et molle, comme un couteau en plastique, imaginez que cette lame est de moins en moins épaisse, moins tranchante etc. et que votre douleur diminue en même temps.

Il existe une autre cause à nos douleurs, l’état de stress post-traumatique. Cette notion a été utilisée au départ pour définir l’état psychologique des combattants, des soldats qui rentraient après des mois ou des années de guerre. Avec l’évolution de notre société, nous nous rendons compte que cet état est également présent chez des personnes qui n’ont pas été confronté à des situations aussi graves mais plutôt des moments de la vie courante, comme des relations conflictuelles, une séparation, un accident, la perte d’un proche, des situations de souffrance au travail etc. Ils peuvent être perçus comme moins graves que des combats de guerre ou des attentats mais ont finalement des conséquences semblables sur le psychique des individus. L’état de stress post-traumatique peut aussi être constaté chez des personnes qui ont fait un véritable burn-out. Etre au sein d’un environnement de travail néfaste durant une longue période peut générer des troubles, psychiques et corporels, non éloignés de l’état de stress post-traumatique : des images intrusives, des obsessions, de l’anxiété, un manque de confiance en soi, un sommeil perturbé, des douleurs corporelles, des dysfonctionnements cognitifs comme des difficultés pour mémoriser ou effectuer des tâches simples de calcul ou de rédaction, etc.).

Cela est la conséquence d’un « traumatisme ».  C’est un terme qui peut-être utilisé au sens large de nos jours pour décrire un événement, difficile à « digérer » pour notre cerveau et provoquant chez une personne, des troubles à la fois psychiques et physiques. La gravité importe peu finalement. Car elle est fonction d’une perception individuelle, elle dépend de chacun. Pour Madame Martin, tel événement est perçu comme important mais  ce ne sera pas forcément le cas pour son voisin ou son collègue. Tout événement peut être grave et générer des troubles, seulement s’il est perçu comme tel par une personne. D’ailleurs, nous ne sommes pas tous égaux dans nos réactions et nos perceptions lors d’une séparation amoureuse, la perte d’un proche ou d’une relation conflictuelle au travail par exemple.

Qui dit traumatisme dit information trop puissante pour que le cerveau puisse la traiter au même niveau que les autres. Elle reste donc bloquée dans le système limbique (partie émotionnelle) et ne parvient pas jusqu’au cortex frontal, pour pouvoir devenir un souvenir et non pas rester un élément traumatique. Le fait de rester à cet endroit là peut provoquer des symptômes comme l’anxiété, des états dépressifs, des angoisses, des ruminations, des tocs, des phobies, de l’isolement, de la fatigue, et bien d’autres.

Aujourd’hui, grâce à l’E.M.D.R notamment, j’accompagne mes patients dans le déblocage psychique des événements traumatiques afin de faire diminuer, voir supprimer, les symptômes qui y sont liés.  Mais j’utilise aussi d’autres techniques, une fois le traumatisme « digéré » par le cerveau du patient, comme des exercices d’hypnose, de méditation et de PNL. Ils permettent de renouer avec votre corps et de faire diminuer la dissociation corps-esprit (possible lorsque la douleur a été intense et répétitive).

Il est important pour moi, en tant que psychologue et thérapeute, de rendre mes patients acteurs de leur bien-être psychique et physique et qu’ils s’investissent au long terme dans l’alliance entre leur mental et leur corps. C’est pour cette raison, qu’en fin d’accompagnement individuel, les dernières séances sont dédiées à la mise en place d’exercices concrets et faciles à reproduire à la maison. Vous pouvez développer un sens des responsabilités et une autonomie concernant la gestion de vos douleurs et c’est ce que je propose à mes patients. C’est un apprentissage qui leur servira tout au long de leur vie.                                                                                     

    Article rédigé par Mlle Kelly SAVIDAN le 20 mars 2018